Ce plébiscite n’est pas un accident. Il récompense une décennie de rigueur budgétaire, une croissance moyenne à 7 % et des infrastructures qui sortent de terre. Dans une Afrique de l’Ouest secouée par les putschs et l’instabilité, le Bénin a choisi le profil du bâtisseur. C’est un vote de raison, un vote pour la stabilité.
Le capital confiance d’un technocrate devenu politique
Durant la campagne, « RoW » a surpris. Loin du costume-cravate du ministre des Finances, il a sillonné le pays, multiplié les meetings, parlé sans notes et sans filtre. Les Béninois ont découvert un homme de dossier capable d’incarner un projet. Son atout majeur reste sa connaissance intime de la machine d’État. Il n’aura pas besoin de six mois pour comprendre où se trouvent les leviers. Il les a installés lui-même.
Ce capital confiance est réel. Il donne au nouveau président une marge de manœuvre que peu de dirigeants africains possèdent à leur entrée en fonction. Encore faut-il l’utiliser.
Quatre défis qui attendent le nouveau président
1. Sécuriser le Nord sans sacrifier le développement Les attaques jihadistes dans l’Atacora et l’Alibori ont déjà coûté trop de vies. Wadagni a été associé aux décisions sécuritaires sous Patrice Talon. Il doit maintenant passer de l’ombre à la lumière et assumer pleinement ce front. La réponse ne peut être que militaire. Il faut aussi des routes, des écoles, des emplois. Le défi est de tenir les deux bouts : protéger les populations et leur donner des raisons de croire en l’État.
2. Rendre la croissance plus inclusive Les chiffres macroéconomiques impressionnent. Le déficit est à 3 % du PIB, les investisseurs font la queue. Mais dans les marchés de Cotonou comme dans les champs de Lokossa, beaucoup demandent quand cette croissance changera leur quotidien. Le président Wadagni a l’expertise pour transformer les points de PIB en pouvoir d’achat, en filets sociaux, en opportunités pour les jeunes. C’est sur ce terrain que la continuité deviendra adhésion.
3. Réconcilier efficacité et espace démocratique Le bilan Talon est salué pour sa gestion, critiqué pour son verrouillage. Wadagni hérite des deux. Peut-il garder la rigueur sans garder la fermeture ? Le nouveau président a l’occasion d’inventer un modèle béninois : un État fort mais qui écoute, un pouvoir qui décide mais qui accepte la contradiction.
4. Jouer la carte régionale avec pragmatisme Le dialogue avec le Niger et l’AES, la relation avec la CEDEAO, l’équilibre avec la France et les nouveaux partenaires : la diplomatie sera décisive.
Le Bénin, carrefour logistique, ne peut se payer le luxe de l’isolement.
La chance d’une nouvelle génération de leadership Romuald Wadagni n’a que 49 ans. Il a sept ans devant lui, renouvelables une fois. S’il réussit à conjuguer la rigueur du gestionnaire et l’audace du politique, il peut incarner cette nouvelle génération de dirigeants africains que le continent réclame : moins de discours, plus d’impact.
Les Béninois lui ont donné les clés. Ils attendent maintenant qu’il ouvre les portes. La compétence a gagné. Il reste à prouver que la compétence suffit à gouverner.
Ducas AYENAN