Penser l’art avant de l’exposer
Dès la matinée, artistes, acteurs culturels, étudiants et invités ont pris part à une conférence-débat autour du thème : « Les Muses de la forêt : quels défis pour les plasticiens ? »
Les échanges ont permis d’interroger la place de l’artiste face à la nature, non comme un décor à exploiter, mais comme un partenaire vivant, un paysage du patrimoine touristique, porteur de mémoire, de spiritualité... Cette rencontre intellectuelle a posé les bases de l’exposition : créer avec la forêt et non contre elle.
En amont du geste artistique, la parole a ainsi préparé le regard, rappelant que toute œuvre exposée à Pahou engage une responsabilité esthétique, éthique et écologique.
Quand la forêt devient galerie
Dans l’après-midi, le vernissage a officiellement ouvert l’exposition N’ART’UREL 2026, réunissant plus d',une vingtaine d’artistes d’ici et d’ailleurs.
Peintures, photographies, sculptures en bois, en fer et en matériaux naturels composent une exposition collective de plus de 150 œuvres, disponibles dans la forêt jusqu’au 31 janvier 2026.
S’exprimant à cette occasion, le Directeur de l’ADAC-Bénin a dit sa fierté d’accompagner N’ART’UREL, saluant une initiative novatrice qui réconcilie de manière concrète les arts plastiques et la nature.
Des œuvres appelées à durer
Le promoteur du projet, Dominique Zinkpè, Président du Collectif des Artistes du Bénin (CA), a rappelé la vision à long terme de N’ART’UREL :
laisser dans la forêt des œuvres pérennes, capables de résister aux intempéries et aux aléas naturels, afin que la forêt classée de Pahou devienne progressivement un espace d’exposition durable, un musée vivant à ciel ouvert.
Ici, le temps devient un critère artistique. La nature sélectionne, transforme, conserve.
Au nom des artistes, Charly d’Alméida a exprimé sa reconnaissance et rappelé que la créativité n’a pas de frontières. C’est cette liberté qui justifie le choix radical de la forêt comme espace d’exposition, en lieu et place des galeries et musées traditionnels.
À Pahou, l’art accepte de se confronter au réel, à la pluie, à la lumière changeante, au silence — pour mieux affirmer sa force.
Quand les forestiers parlent d’art
Moment révélateur de cette synergie inédite, le Colonel Issiaka Gomina, Adjoint au Directeur Départemental des Eaux et Forêts de l’Atlantique-Littoral, a confié que cet événement a permis de révéler les forestiers sous un autre jour :
des acteurs sensibles à l’art, conscients de son rôle dans la sensibilisation à la protection de l’environnement.
Dans la même dynamique, le Capitaine-Major Kpetéré Josué, Coordonnateur du CTAF de Pahou, a souligné que la forêt classée dispose d’un circuit touristique riche en histoire ouvert aux prochaines éditions de N’ART’UREL.
Un art qui prépare le sacré
En s’ouvrant à la veille des Vodoun Days, N’ART’UREL s’inscrit dans une continuité symbolique forte. La parole du matin, l’œuvre de l’après-midi, la forêt comme écrin : tout converge vers une même intention.
À Pahou, l’art ne demande pas seulement à être vu.
Il demande à cohabiter, à durer, à respecter.
N’ART’UREL ne se contente pas d’exposer des œuvres.
Il expose une vision du monde où l’art et la nature avancent, désormais, main dans la main.
Adjé Henri MORGAN