En effet, le diagnostic est sans concession. Une forme de schizophrénie spirituelle traverse les sociétés africaines contemporaines. Le jour, certains affichent une religiosité importée, se réclamant bruyamment du christianisme ou de l’islam. La nuit, lorsque les certitudes vacillent et que les crises surgissent, les mêmes retournent instinctivement vers les savoirs ancestraux. Cette dualité interroge : pourquoi taire au grand jour ce qui est reconnu comme vital dans l’obscurité ? Pour Guy HOUNDAYI, ce silence collectif n’est pas anodin. Il est le symptôme d’une culture blessée, fragilisée, parfois même considérée comme « morte ». D’où l’appel à une « autopsie » symbolique : comprendre les causes de ce rejet apparent pour proposer des voies de guérison culturelle et identitaire. Cette peur d’assumer le Vodun n’est pas née du hasard. Elle est le produit d’un long processus historique de déprogrammation culturelle, que Guy HOUNDAYI assimile à une véritable programmation neurolinguistique. Par le langage, l’enseignement et la religion, le Vodun a été systématiquement présenté comme obscur, dangereux, voire satanique. Pour les puissances extérieures venues dominer l’Afrique, il était inconcevable de valoriser une spiritualité aussi structurée et enracinée. La stratégie fut donc simple : diaboliser pour mieux détourner. Le plus troublant aujourd’hui, observe Dr. Guy HOUNDAYI, est que même les descendants de grandes familles Vodun hésitent à l’assumer publiquement, bien que cette culture continue, implacablement, de les rattraper dans les moments décisifs de l’existence.
Au cœur de la réflexion se trouve une clarification essentielle : le Vodun n’est pas intrinsèquement bon ou mauvais. Il n’est qu’un outil, au même titre que la Bible, le Coran ou tout autre support spirituel. « Un outil n’est jamais le problème. Le problème, c’est l’intention », martèle Guy HOUNDAYI. Comme tout système de croyance, le Vodun peut être instrumentalisé par l’homme pour servir des desseins nobles ou destructeurs. Ce n’est donc pas la spiritualité en elle-même qui doit être jugée, mais l’usage qu’en font les individus. Dès lors, continuer à ne mettre en avant que ses dérives revient à nier sa richesse philosophique, éthique et sociale. Dans cette logique, Dr. Guy HOUNDAYI plaide pour un changement fort du vocabulaire : cesser de parler d’« adeptes », terme souvent péjoratif, pour reconnaître des « fidèles », au même titre que dans les religions dites révélées. Au-delà de la spiritualité, le débat touche à une question centrale : qui parle de la culture africaine ? Trop longtemps, rappelle Dr. Guy HOUNDAYI, les Africains ont laissé d’autres raconter leur histoire, définir leurs croyances et interpréter leurs pratiques. Cette dépossession narrative a contribué à l’intériorisation du complexe d’infériorité culturelle. Le temps est venu, selon lui, de reprendre la parole : « Nous n’allons plus laisser les autres parler de notre culture. Nous allons en parler nous-mêmes ». Il ne s’agit pas d’imposer une croyance, mais de rétablir une vérité historique et culturelle. Le retour aux racines n’est donc pas un repli identitaire, mais un acte de survie culturelle. L’exemple de parents prêts à remettre en question leurs certitudes religieuses pour sauver un enfant malade illustre cette force souterraine du Vaudou, que rien n’a pu effacer malgré des décennies de dénigrement.
En définitive, si la foi demeure un choix personnel, l’appartenance à la culture Vaudou reste une composante indissociable de l’identité africaine. Une identité qui, pour se réconcilier avec elle-même, doit enfin oser s’exprimer à la lumière du jour.
Tchékpémi Jacques AHOUANSOU