Des patrons et patronnes d’ateliers de couture, de coiffure, de soudure, de mécanique, de menuiserie et d’autres métiers artisanaux ont pris part à cette activité. À travers cette initiative, l’Antenne Départementale Ouémé de l’INF étend ses actions de sensibilisation au secteur artisanal, où les relations entre maîtres et apprentis peuvent être marquées par des situations de violence ou d’abus de pouvoir. Les participants ont été informés des différentes formes de violences basées sur le genre, de leurs causes et de leurs conséquences. Les échanges ont notamment porté sur les violences physiques, psychologiques, morales, sexuelles et économiques, ainsi que sur les moyens de les reconnaître et de les prévenir dans les ateliers.
Les violences psychologiques et le harcèlement sexuel en ligne de mire
Selon Élise SÈNOU, point focal de l’Antenne Départementale Ouémé de l’INF, les violences psychologiques, le harcèlement sexuel et les violences physiques figurent parmi les manifestations préoccupantes observées dans le milieu artisanal à Porto-Novo. Pour mieux faire comprendre ces réalités, les organisateurs ont soumis aux participants des cas pratiques inspirés du quotidien des ateliers et des expériences vécues. Cette approche a permis d’aborder les comportements susceptibles de porter atteinte à la dignité et à l’intégrité des apprentis, tout en invitant les responsables à reconnaître leur rôle dans la prévention des abus. L’objectif est de rompre avec la banalisation de certaines pratiques, notamment lorsque les violences sont présentées comme des méthodes normales de discipline ou d’apprentissage. Les responsables d’ateliers ont été appelés à ne plus considérer le silence des victimes comme une absence de problème et à favoriser la dénonciation des faits. Les participants ont été orientés vers plusieurs structures susceptibles de recevoir les signalements, notamment l’Institut national de la femme, les Guichets uniques de protection sociale, les commissariats d’arrondissement et les relais communautaires.
Le signalement et la prise en charge au cœur du dispositif
Au cours de la séance, les artisans ont également été informés des possibilités de prise en charge psychosociale, médicale et juridique destinées aux victimes. Les organisateurs ont rappelé que les auteurs de violences s’exposent à des sanctions pénales, conformément aux textes en vigueur. Les numéros verts permettant de signaler les violences ont été communiqués aux participants. L’INF met notamment à la disposition du public le 114, un numéro d’appel gratuit, ainsi qu’un service de contact par WhatsApp au 01 51 07 88 88. Pour Élise SÈNOU, l’ambition est de parvenir à une tolérance zéro face aux violences dans les ateliers et de favoriser le signalement des cas. L’enjeu est que chaque apprenti puisse achever sa formation dans des conditions respectueuses de sa sécurité et de sa dignité. L’initiative s’inscrit dans le plan de travail annuel de l’Antenne départementale Ouémé de l’INF, a précisé Mariam Mito, représentante de l’Institut au niveau du GUPS de Ouando. Elle a exhorté les patrons et patronnes d’ateliers à faire preuve d’exemplarité dans leurs relations avec les apprentis. Au-delà de la protection immédiate des victimes, la sensibilisation entend prévenir la reproduction des comportements violents. Un apprenti exposé à des violences pendant sa formation risque, en effet, de considérer ces pratiques comme normales et de les reproduire lorsqu’il deviendra à son tour responsable d’atelier. La prévention constitue donc un levier pour rompre cette transmission des violences d’une génération de professionnels à une autre.
Vers des ateliers plus sûrs
Les responsables de l’INF prévoient d’autres actions de sensibilisation afin de renforcer la prévention dans le secteur artisanal. Les artisans présents ont, pour leur part, exprimé leur engagement à faire de leurs ateliers des espaces plus sûrs, dignes et exempts de violences.
La portée de cette démarche dépendra notamment de la capacité des responsables à appliquer les principes abordés, à réagir face aux abus et à faciliter le recours aux mécanismes de signalement. Pour les apprentis, l’enjeu dépasse la seule acquisition d’un métier : il concerne aussi leur intégrité physique et psychologique, leur dignité et leur droit à une formation dans un cadre respectueux.
Tchékpémi Jacques AHOUANSOU