Il est des dates qui scellent le destin d'une nation. Le 26 octobre 1972, le chef de bataillon Mathieu KEREKOU prenait le pouvoir au Dahomey, inaugurant dix-sept années d'un régime militaire révolutionnaire d'inspiration marxiste-léniniste. Récit d'une période de bouleversements profonds qui s'est achevée par l'une des transitions politiques les plus pacifiques du continent.
Au début des années 1970, le Dahomey (futur Bénin) est englué dans une instabilité institutionnelle chronique. Le pays tente alors de s'administrer à travers un système inédit et fragile : le Conseil présidentiel rotatif, rapidement baptisé par l'opinion publique le « Monstre à trois têtes », regroupant Hubert Koutoukou Maga, Justin Ahomadégbé Tometin et Sourou Migan Apithy. Six mois seulement après l'accession au pouvoir de Justin Ahomadégbé Tometin, ce fragile équilibre vole en éclats. Le 26 octobre 1972, un groupe de jeunes officiers de l'armée, emmené par le chef de bataillon Mathieu Kérékou, perpètre un coup d'État militaire. Un Gouvernement Militaire Révolutionnaire (GMR) est immédiatement formé, marquant la fin de la parenthèse présidentielle collégiale. Quelques semaines plus tard, le 30 novembre 1972, le nouveau régime pose ses jalons programmatiques à travers un discours fondateur.
1975–1989 : L'ancrage dans le socialisme scientifique.
Le tournant idéologique se précise deux ans plus tard avec l'adoption officielle du socialisme scientifique fondé sur le marxisme-léninisme. Le 30 novembre 1975, le pays change de visage et de nom pour devenir la République populaire du Bénin. Un nouveau drapeau est hissé et un parti unique est fondé : le Parti de la Révolution Populaire du Bénin (PRPB). Au fil des ans, le régime cherche à s'institutionnaliser. Le GMR cède progressivement la place au Conseil exécutif national, caractérisé par l'intégration de cadres civils dans la gestion des affaires publiques, tandis que l'Assemblée nationale révolutionnaire (ANR) est créée pour faire office d'organe législatif.
La fin des années 1980 : L'essoufflement du système.
Mais à l'orée de 1989, la machine s'enraye. Le modèle économique montre des signes d'épuisement profond, se traduisant par un cumul d'arriérés de salaires pour les fonctionnaires et de bourses pour les étudiants. La contestation sociale gronde, portée par des mouvements syndicaux et estudiantins de plus en plus incisifs. Face à la pression de la rue et à la réalité économique, le régime commence à plier. Il renonce officiellement à l'idéologie marxiste-léniniste comme option politique et l'usage obligatoire de l'appellation « camarade » est abandonné. Au sein même de l'Assemblée nationale révolutionnaire, le verrou saute. Deux voix s'élèvent avec force pour réclamer le multipartisme et la démocratie : Robert DOSSOU et René AHOUANSOU. La brèche est ouverte.
Pris de court par l'ampleur de la contestation populaire et l'isolement de son système, Mathieu KEREKOU opte pour une sortie honorable. Il convoque la Conférence nationale des forces vives de la Nation, un exercice démocratique inédit en Afrique francophone. En acceptant sans réserve les conclusions et les résultats de ces assises souveraines, le chef de l'État accepte de s'effacer, refermant le chapitre de la République populaire pour ouvrir la voie au renouveau démocratique béninois.
Ibourahim Abdou GIBRIL