DES COMMERÇANTES DU MARCHÉ OUANDO ACCULÉES  : Qui pour entendre le cri des femmes endettées ?

DES COMMERÇANTES DU MARCHÉ OUANDO ACCULÉES  :

Qui pour entendre le cri des femmes endettées ?

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Derrière les boutiques fermées, les activités commerciales perturbées et les tensions opposant des commerçantes aux acteurs chargés de la gestion du marché moderne de Ouando, une crise sociale pourrait prendre des proportions préoccupantes. Pour les femmes dont la survie quotidienne dépend du commerce, la paralysie des activités ne signifie pas seulement une baisse des recettes : elle compromet le remboursement des crédits contractés auprès des institutions de microfinance, fragilise les ménages et fait peser une incertitude grandissante sur l'économie locale. Face à cette situation, le dialogue et une intervention rapide des autorités apparaissent comme des nécessités.

Le marché de Ouando, pôle important de l'activité commerciale de Porto-Novo, se retrouve au cœur de tensions qui interpellent sur les conditions de mise en œuvre de la réorganisation des espaces marchands. Ces dernières semaines, les opérations menées autour du marché moderne, notamment pour libérer les espaces publics, ont suscité des réactions de commerçants qui dénoncent les conséquences de ces mesures sur leurs activités. Dans un article publié le 8 octobre 2026, La Nation a rendu compte du lancement d'une opération de libération des espaces publics aux abords du marché, notamment dans les quartiers de Klékanmè et de Kpogbonmè.

Des installations commerciales et diverses occupations de l'espace public ont été visées. D'autres médias ont rapporté les inquiétudes de commerçants confrontés à la fermeture de boutiques, à des saisies de marchandises et à la baisse de leur activité. La nécessité d'organiser les espaces marchands, de garantir la circulation et de faire respecter les règles d'occupation du domaine public ne saurait être ignorée. Mais la manière de conduire ces opérations, leur accompagnement social et les solutions proposées aux acteurs économiques concernés méritent une attention particulière. Car, au-delà des impératifs d'organisation urbaine, il y a des femmes et des hommes dont les revenus dépendent directement de la possibilité d'ouvrir leur boutique, d'exposer leurs marchandises et de servir leurs clients.

 

Des crédits à rembourser, des familles à nourrir

 Le problème prend une dimension plus préoccupante lorsque l'on considère la situation financière des commerçantes concernées. Selon les informations portées à notre connaissance, plusieurs d'entre elles ont contracté des prêts auprès de structures de microfinance pour financer leurs activités. Ces engagements financiers ne disparaissent pas avec la fermeture d'une boutique ou l'interruption des ventes. Les échéances continuent de courir, alors même que les recettes nécessaires à leur remboursement peuvent se raréfier. Pour ces femmes, le commerce représente souvent bien davantage qu'une activité génératrice de revenus. Il permet de payer les frais de scolarité des enfants, de subvenir aux besoins alimentaires du ménage, de prendre en charge les dépenses de santé et de participer aux charges familiales. Lorsque cette source de revenus se tarit, c'est tout l'équilibre du foyer qui peut être ébranlé. Une commerçante privée de ses recettes quotidiennes peut rapidement se retrouver face à des choix difficiles : honorer ses échéances de crédit, acheter les produits nécessaires à la consommation du ménage ou financer les besoins scolaires de ses enfants. Lorsque les difficultés se prolongent, les conséquences peuvent dépasser le seul cadre professionnel et affecter les relations familiales. Il importe toutefois de documenter précisément l'ampleur de cet endettement, le nombre de commerçantes concernées, les montants des crédits et les échéances effectivement compromises. Ces données permettraient de mesurer la gravité de la situation et d'éviter que la détresse exprimée par certaines femmes ne soit réduite à une simple controverse sur l'organisation du marché.

 

Une crise locale aux répercussions économiques plus larges

 Le marché de Ouando ne constitue pas un espace commercial isolé. Son fonctionnement participe à l'approvisionnement des ménages, à la circulation des marchandises et à la création de revenus pour de nombreux acteurs économiques. La perturbation durable des activités peut donc avoir des effets en chaîne : baisse des ventes, diminution des revenus des ménages, difficultés de remboursement des crédits, réduction des achats auprès des fournisseurs et fragilisation des petits circuits de distribution. Les boutiques situées aux alentours du marché jouent également un rôle dans cette dynamique. Si, comme le rapportent les informations disponibles, certaines sont restées fermées, leurs exploitants, leurs employés et leurs fournisseurs peuvent eux aussi subir les conséquences de la situation. L'enjeu dépasse dès lors le seul sort des commerçantes directement concernées par les opérations. Il touche les familles qui dépendent de leurs revenus, les institutions de microfinance exposées aux difficultés de remboursement, les fournisseurs et l'ensemble des acteurs dont l'activité est liée à la fréquentation du marché. À Porto-Novo, où le commerce occupe une place importante dans l'économie locale, une dégradation prolongée de ce climat pourrait accentuer les difficultés économiques de nombreux ménages. Il serait donc imprudent de traiter cette situation comme une simple difficulté administrative, sans évaluer ses conséquences sociales et financières.

 

L'autorité publique face à l'exigence d'équilibre

 La réorganisation des marchés et la libération des espaces publics répondent à des objectifs d'ordre, de sécurité, d'accessibilité et d'amélioration du cadre de vie. Ces objectifs sont légitimes. Cependant, leur mise en œuvre appelle également une attention aux réalités économiques des personnes qui vivent du commerce. L'autorité publique se trouve ainsi face à une exigence d'équilibre : faire respecter les règles sans perdre de vue les conditions concrètes d'existence des populations concernées. La fermeté dans l'application des décisions administratives et la recherche d'un apaisement social ne sont pas nécessairement incompatibles.

Elles peuvent se renforcer mutuellement lorsque les mesures sont clairement expliquées, que les personnes concernées sont entendues et que des solutions réalistes sont recherchées. Dans le cas de Ouando, une concertation réunissant les représentants des commerçantes, les responsables de l'Agence Nationale de Gestion des Marchés (ANaGeM), les autorités municipales et les responsables compétents de la Police Républicaine permettrait de clarifier les motifs des opérations, les règles applicables, les conditions d'accès aux espaces marchands et les difficultés rencontrées par les exploitants. Cette démarche devrait également permettre d'examiner les situations les plus urgentes, notamment celles des femmes lourdement endettées, des commerçants dont les boutiques sont fermées et des acteurs qui ne parviennent plus à exercer normalement leur activité. Il ne s'agirait pas de soustraire quiconque aux règles en vigueur, mais de rechercher une issue qui préserve à la fois l'ordre public, la continuité des activités économiques et la dignité des personnes.

 

Un appel à l'arbitrage et à la médiation

 Au regard des conséquences sociales susceptibles de découler d'une aggravation de la crise, les plus hautes autorités de l'État gagneraient à s'assurer que la situation fait l'objet d'une évaluation complète et d'une réponse concertée. Une médiation rapide pourrait contribuer à prévenir l'enracinement des incompréhensions, à rétablir la confiance entre les acteurs et à éviter que les difficultés commerciales ne se transforment en une crise sociale plus profonde. Le Président de la République, Romuald WADAGNI, pourrait être interpellé sur la nécessité de veiller à ce que les politiques de modernisation des infrastructures marchandes s'accompagnent d'une prise en compte effective des réalités sociales et économiques des commerçants. Cette démarche ne préjuge ni de la responsabilité des différentes parties ni de la légitimité de chaque mesure prise sur le terrain. Elle place plutôt la recherche d'une solution durable au centre des préoccupations. Il serait notamment utile que les autorités compétentes établissent un état précis des commerces fermés, des éventuelles pertes de marchandises, des difficultés de remboursement signalées et des possibilités de réinstallation ou de reprise des activités dans des conditions économiquement viables. Les réponses apportées devraient reposer sur des faits vérifiés et sur un dialogue transparent avec les personnes directement concernées.

 

La paix nationale commence aussi dans les foyers

 La situation de Ouando rappelle une réalité essentielle : les décisions publiques produisent leurs effets jusque dans les foyers. Lorsqu'une activité commerciale s'arrête, ce sont parfois les repas de la famille, les frais de scolarité des enfants, les dépenses de santé et les engagements financiers du ménage qui se retrouvent compromis. La paix sociale ne se construit donc pas uniquement à travers les grandes déclarations ou les mécanismes institutionnels. Elle se nourrit aussi de la capacité des autorités à entendre les préoccupations quotidiennes des populations, à prévenir les tensions évitables et à rechercher des solutions qui concilient l'intérêt général et la protection des moyens de subsistance. À Ouando, l'urgence est de faire en sorte que le désaccord autour de l'organisation du commerce ne se transforme pas en une fracture durable entre les commerçantes et les institutions chargées de l'administration et de la sécurité du marché. Car une famille plongée dans l'insécurité économique devient plus vulnérable aux tensions. Et lorsque les difficultés se multiplient dans les foyers, c'est l'équilibre de la communauté qui peut être fragilisé.

Préserver la paix dans les familles, c'est aussi contribuer à préserver la paix dans la cité et dans la nation. À Ouando, une réponse rapide, juste et concertée permettrait de rappeler que la modernisation des marchés ne saurait être dissociée de la protection des activités qui font vivre les populations.

 

Tchékpémi Jacques AHOUANSOU

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Brice HAL

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